La philosophie de la couleur dans l’architecture et le design – Partie 1 (Un conte vert)

Nombreux sont ceux parmi nous qui ont appris le nom de code ROJ-V-BIV pour se souvenir plus facilement de l’ordre des couleurs de l’arc-en-ciel (rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet) et nous sommes tout aussi nombreux à connaître la roue chromatique – dont l’apparition remonte au milieu des années 1960, lorsque les recherches de Sir Isaac Newton sur la lumière blanche l’ont amené à découvrir le spectre visible de la lumière. Malgré tout, le concept de philosophie de la lumière laisse souvent perplexe : en règle générale, les gens font la différence entre les couleurs chaudes et les couleurs froides, les couleurs primaires et les couleurs secondaires, mais leur compréhension du sujet s’arrête là.

La couleur a un effet crucial sur l’humeur, les émotions et la perception subjective : elle peut tout aussi bien susciter la joie et l’excitation que plonger dans la tristesse ou même le désespoir. Bien souvent, la couleur est la composante la plus volatile d’un projet. L’interprétation de la couleur permet aux professionnels du design de matérialiser les besoins psychologiques de leurs clients, et d’interpréter la manière dont ils se sentent au sein d’un espace donné : l’introduction de la couleur est un apport architectural de taille, dans n’importe quel espace, puisque l’espace a dès lors le pouvoir d’agir sur les sentiments et le ressenti des individus.

« La couleur – un outil de l’architecture aussi puissant que le plan et la coupe. Mieux que cela : la Polychromie, base-même du plan et de la coupe. » (Le Corbusier)

Il existe un nombre incalculable d’approches pour analyser la couleur : l’interprétation historique, culturelle et sociale de la couleur est un point de départ idéal. Tout profesionnel du design qui intègre la couleur dans ses projets sera d’accord pour dire que la persuasion est un élément crucial – elle représente en général 90 % du design global : persuader le client que les solutions proposées correspondent à la meilleure option possible, et lui permettre une prise de décision éclairée.

Parlons du vert – la couleur la plus répandue, et de loin – composée de teintes de jaune et de bleu en quantités égales. Le vert est la couleur de la nature et du printemps : il symbolise la fertilité, la croissance et le renouveau. Le design biophilique a été particulièrement mis sur le devant de la scène au cours de l’année passée. Nous avons par ailleurs reconnu que notre connexion inhérente avec la nature avait des vertus thérapeuthiques et créait une impression d’espace, un sentiment d’équilibre, de guérison et d’énergie – en un mot, le vert opère comme un élixir. La Polychromie Architecturale de Le Corbusier contient neuf nuances de vert : des teintes qui parlent à la sensibilité de tous et – c’est là un détail très intéressant – ces nuances se trouvent au centre de la palettes de couleurs de 1931.

La Cité Frugès conçue par Le Corbusier à Pessac, en France (et construite entre 1924 et 1926), un projet expérimental de logements sociaux (soit 51 habitations en béton armé), a été considérée comme une entreprise révolutionnaire. Le Corbusier avait imaginé une cité-jardin afin de favoriser la santé et le bien-être des habitants (une idée de design biophilique avant l’heure). Ce projet défendait aussi l’idée selon laquelle l’intégration d’espaces naturels au sein des lieux d’habitation devait être une priorité, le but final étant d’améliorer le moral des habitants. Sans surprise, le vert est une composante chromatique dominante à l’extérieur de la Cité Frugès.

Sur l’image 3, on peut observer comment Le Corbusier a appliqué à la lettre les principes de la Polychromie Architecturale sur les façades extérieures. En regardant de plus près, on peut repérer la maison de la photo 2 sur le plan : elle se trouve sur la deuxième rangée de maisons en partant du haut, sur la gauche, en bordure de la diagonale.

Le Corbusier a fait l’observation suivante : « Il était nécessaire de se tourner vers la couleur pour trouver un assouplissement et séparer les habitations les unes des autres, afin de créer des perspectives et de casser l’impression de cohésion entre des murs trop rapprochés ». Dans l’idée de Le Corbusier, les couleurs doivent permettre aux ouvriers de se sentir plus proches de la nature, énergisés. Bien que certains bâtiments soient aujourd’hui déjà en mauvais état, beaucoup d’entre eux conservent encore leurs couleurs d’origine (il suffit, pour le constater, de consulter Google Maps, street view).

La palette de couleurs utilisée par Le Corbusier pour les travaux de maçonnerie était composée de différentes nuances de vert (32040 vert anglais et 31041 vert anglais clair – voir image 4), des tons « terre » intenses (32120 terre de Sienne brûlée 31) et des nuances bleues (32034 céruléen pâle) – une teinte bleu-vert et par ailleurs la troisième couleur de l’atmosphère « Ciel » imaginée par Le Corbusier. On remarquera sans effort l’impression de calme et de plénitude qui émane du constraste entre le vert et la terre de Sienne, une combinaison élégante qui établit dans le même temps une connexion avec la nature. La palette de couleurs donne l’impression d’être à la fois bien ancrée et intemporelle.

En résumé, les couleurs les plus riches de la nature permettent de trouver un équilibre entre les spectres de couleurs chaudes et de couleurs froides. Les amoureux du vert sont, en règle générale, des gens très sociables : il est important à leurs yeux de gagner le respect des autres, ils font partie des personnes prêtant toujours une oreille attentive, généralement remplies de gentillesse et présentant une certaine aversion au risque, ce qui n’est pas toujours un défaut. Les personnes qui aiment le vert sont souvent fiables et en un sens visionnaires. Le vert est un bien précieux et essentiel à l’heure qu’il est – c’est lui qui nous reconnecte avec la nature. 

Le Corbusier's 1931 Collection ©Les Couleurs Le Corbusier
Le Corbusier's color fan ©Les Couleurs Le Corbusier
Quartiers Modernes Frugès, Pessac, France ©Paul Koslowski 1995
Le Corbusier et P. Jeanneret, Quartiers Modernes Frugès, Pessac, France, © FLC/ADAGP
Quartiers Modernes Frugès, Pessac, France ©Paul Koslowski 1995

 

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