Comment intégrer différentes textures dans votre conception de la couleur

La texture est une composante essentielle pour les professionnels du design. Il s’agit d’un élément fascinant qui réussit à produire son effet dans tous les champs du design. Pour les personnes les plus créatives, les expériences sensorielles sont sans conteste le centre de tout processus de création. Le caractère tactile est défini par deux éléments : d’abord, la capacité d’être touché et ressenti physiquement et, dans un deuxième temps, la réaction qui se produit à travers le sens du toucher. Intégrer la dimension de la texture à un concept ajoute de la profondeur et augmente l’intérêt visuel de ce concept, tout en renforçant sa dimension mystérieuse : difficile de résister à l’idée de caresser du bout des doigts une texture surprenante avec, à la clé, la possibilité d’une expérience sensorielle unique, qui s’ouvre à nous grâce au sens tout à fait fascinant du toucher.

Trouver le bon équilibre en matière de texture est primordial : tout espace doit produire un effet accueillant et donner à celui qui le traverse l’impression d’être en vie, dans son élément. Pour autant, il faut prendre garde à ne pas stimuler les émotions individuelles plus que de raison. Le design, c’est comme le storytelling : chaque espace doit être conçu en gardant à l’esprit la notion de juste équilibre, tout en prenant soin de ménager des surprises ! Les trois éléments clés devant être à la base de tout projet architectural ou de design sont la narration, les matériaux et la portée artistique. Combiner différentes surfaces – par exemple une surface réfléchissante et une autre en béton – et créer un constraste au moyen de surfaces mates ou lisses renforcera la texture sur le plan visuel. Cet effet sera d’autant plus prononcé si l’on choisit d’insérer des éléments organiques ou artisanaux. Quels que soient les ingrédients et les combinaisons, les effets créés n’occulteront en aucun cas le concept général.

Le Corbusier avait la capacité de déployer une vision unique lorsqu’il intégrait des éléments de nature diverse dans ses créations. Son influence sur l’approche de la couleur, sa manière de l’interpréter ou de l’utiliser en combinaison avec différentes textures est encore plus que palpable sur les architectes et les designers d’aujourd’hui. L’un des matériaux préférés de Le Corbusier était le béton, pour son caractère hautement adaptable : dès le début de sa carrière, le maître a identifié le potentiel du béton et c’est pour cette raison qu’il en a fait un élément central de ses projets. En collaboration avec Auguste Perret, Le Corbusier a innové en choisissant le « béton brut » – un procédé dans lequel le béton est laissé dans un état inachevé, ce qui permet à la forme créée à l’aide d’un coffrage d’être exposée et rendue réellement visible. C’est principalement sur cette ligne que Le Corbusier a influencé le mouvement brutaliste. Le « béton brut » contraste avec le béton ordinaire, celui que l’on croise dans la vie de tous les jours : ce dernier est soumis à un traitement spécifique qui permet d’obtenir une surface plus lisse, en éliminant les imperfections d’origine du matériau. La très belle Maison de la Culture créée par Le Corbusier en 1965, et qui se dresse sur le terrain de Firminy Vert, en France, depuis cette date, est le plus grand complexe urbain créé par Le Corbusier en Europe. Il s’agit là d’une expression éminemment claire de son amour pour le béton, associé ici à une façade colorée sur trois étages. L’utilisation du béton, du verre et de la couleur chez Le Corbusier nous montre la manière dont il souhaitait que les individus ressentent l’espace, comment il souhaitait créer un espace fait pour toutes et pour tous, dans le but d’illuminer un peu leur vie, au sens métaphorique mais aussi littéral du terme.

Pour le Couvent Sainte-Marie de la Tourette, le cahier des charges pour le moins poétique de Le Corbusier était de créer une demeure ancrée dans le silence pour cent corps et cent cœurs, le chiffre 100 matérialisant une communauté de moines ayant fait vœu de silence. Le Corbusier y a ajouté sa patte – le béton brut – en intégrant également des éléments peints en blanc, ce qui donne l’impression d’un béton plus brut que jamais. Le Corbusier a aussi fait mis en place des couleurs primaires, de grandes baies vitrées et des meubles en bois d’une grande simplicité. Son mélange parfaitement pensé des textures et des couleurs sert de toile de fond au travail des moines, leur procurant un espace ancré tout à la fois dans la gaieté et le calme. Cela est rendu possible par l’utilisation de différentes matières qui, de manière assez surprenante, se combinent harmonieusement entre elles, pour produire le plus bel effet.

L'ajout de textures à un schéma de base ajoute un intérêt supplémentaire et modifie l'ambiance générale d'un espace. Les textures rugueuses et grossières reflètent moins la lumière et rendent l'espace plus confortable – il suffit de penser à l’effet produit par le velours, le bouclé, les tentures en peau de mouton, les finitions en cuir tané et les tissus vintage comme le velours côtelé. Tous ces éléments donnent davantage de poids aux objets. Que se passe-t-il si nous nous plaçons à l’autre extrême du spectre des textures ? L’incorporation de surfaces lisses, brillantes ou réfléchissantes rend les objets plus légers, beaucoup plus contemporains et il se dégage une sensation générale de fraîcheur dans l'espace concerné. Les surfaces en miroir, le marbre et les autres pierres naturelles, de même que le verre poli, ajoutent tous de la texture et donnent du relief à l’espace, en créant des ombres et de la profondeur. Ces choix de design sont des plus efficaces lorsque l’on souhaite casser l’impression d’un espace fade et unidimensionnel.

Vous envisagez d’utiliser une palette de couleurs sombres dans votre espace ? Pensez alors à travailler avec des textures réfléchissantes et métalliques, de manière à donner du relief à l’ensemble et à renforcer la valeur ajoutée sur le plan visuel. Lorsqu’il est question de textures et de couleurs, il faut s’intéresser à un autre point : le dosage de lumière naturelle et d’éclairage artificiel. Par exemple, si un espace est peint suivant une palette sombre et que des matériaux bruts sont utilisés, toute la lumière se trouvera absorbée par les murs et le tissu. Dans une configuration différente, l’introduction de matériaux plus brillants et de textures davantage réfléchissantes, telles que des miroirs, des coussins en soie ou des luminaires métalliques, aidera à refléter la lumière dans l'espace et à lui donner du relief, tout en ajoutant une véritable texture visuelle, à même de créer une impression forte et à donner un intérêt visuel réel à l’ensemble. Mettre en place un éclairage par couches dans un espace sombre permet de mettre en évidence différents niveaux de l'espace. De fait, les plafonniers, les appliques murales et les lampadaires ajoutent une dose de mystère et renforcent une fois encore l'intérêt visuel. En un mot, l’impact sur la texture visuelle globale se trouve intensifié. Enfin, n'oubliez pas que les plantes ont elles aussi le pouvoir de donner vie à n'importe quel espace et qu'elles complètent efficacement toutes les palettes de couleurs.

Le Corbusier n’a cessé d’identifier et de mettre en valeur des associations très contrastées, tout en réussissant l’exploit d’équilibrer toujours et encore les différentes matières et couleurs. Chaque fois qu’il utilise une palette sombre et sobre, dans le but d’inciter à la réflexion ceux qui traversent l’espace, il prend soin d’intégrer des éléments neutres, de manière à créer un effet plus doux et à envelopper l’espace dans une atmosphère d’apaisement.

Lorsque ce sont des palettes plus claires qui sont utilisées, le travail sur les textures est encore plus important : si les murs, les plafonds et les sols sont produits dans des tons pâles et que la lumière naturelle est abondante, alors tous les autres éléments peuvent devenir insignifiants. L'incorporation d'une palette de textures tactiles et visuelles injectera la touche de caractère nécessaire. Cela créera un intérêt visuel, donnera une visée au schéma général et fera apparaître différents niveaux de lecture, en opposition à l’espace fade et sans relief qui pouvait apparaître en premier lieu. Imaginons un intérieur entièrement blanc : il est recomandé d’introduire un mélange de textures blanches, assosciant par exemple du lin biologique, des peaux de mouton ou des tapis combinant la soie et la laine. Certaines de ces matières continueront à refléter la lumière, tandis que les éléments les plus rugueux absorberont un peu de lumière et aideront à créer une sensation de confort beaucoup plus palpable. Tout ce que nous décrivons ici correspond à un jeu qui a toute son importance : il faut donner à l’œil la possibilité de parcourir la pièce et de s’accrocher à différents éléments, comme dans une chasse au trésor.

Alors n'hésitez pas à expérimenter et à jouer avec des matériaux et des couleurs qui ne demandent qu’à être combinés. Rappelez-vous pour que créer différentes dimensions et niveaux dans un même espace, pour transcender une pièce ordinaire et en faire un lieu propre à l’inattendu et aux impressions marquantes, il s’agit avant tout de sortir de votre zone de confort. Une analyse minutieuse des éléments à disposition permettra d'obtenir un design réussi, dont les effets seront appréciés pendant des décennies et des décennies, et peut-être plus longtemps encore.

Lire d'autres articles passionnants :



Commentaires

Pas de commentaires

Écrire un commentaire

* These fields are required


Vous pourriez aussi être intéressé par